Gymnase de Nyon:

Option complémentaire histoire
 

Peut-on assassiner la paix ?

John Kennedy - Document n° 13



Travaux de recherche

Natacha Rossel & Stéphane Cruchon

Dealey Plaza, 22 novembre 2003, 12 h 30
Suite d'images prises du toit du dépôt de livres scolaires avec une caméra électronique.
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Le 8 novembre 1960, le candidat démocrate John Fitzgerald Kennedy est élu. Il devient ainsi le 35e président des Etats-Unis, avec une très courte avance sur son rival, Nixon.

A ce moment-là, la guerre froide était déjà bien engagée, et une menace d'installation de têtes nucléaires à Cuba par les Soviétiques se profilait. L'administration Eisenhower avait préparé une importante opération visant à destituer le gouvernement castriste et à mettre à bas l'alliance soviético-cubaine; pour cela, un embargo avait été rapidement déclaré.

C'est dans ce cadre tendu que Kennedy entre en fonction le 20 janvier 1961. Il sera confronté à de graves crises qu'il parviendra - tant bien que mal - à contenir.

Comme nous le verrons par la suite, Kennedy demeure dans la mémoire collective comme un président apprécié mais ces quelques années à la présidence lui ont pourtant valu de nombreux détracteurs.

Le 22 novembre 1963, c'est sous un soleil radieux que le président, accompagné de son épouse, Jackie Kennedy, salue la foule enthousiaste de Dallas. Dans la Lincoln noire qu'ils occupent se trouvent également le gouverneur Connally et son épouse. La foule est dense et paraît apprécier le cortège présidentiel. Arrivée sur la Dealy Plaza, la voiture qui amorçe un virage, ralentit de plus en plus. Des coups de feu retentissent soudainement; sous les yeux ébahis de la foule, on voit le Président touché par une balle à la gorge, puis on voit sa tête partir violemment vers l'arrière; le gouverneur Connally est lui aussi touché. Il est 12h34. JFK décède quelques minutes plus tard au Parkland Hospital sans que les médecins ne puissent rien tenter d'efficace pour le sauver.

A 14h40, le vice-président Johnson prête serment dans l'Air-Force One et devient ainsi le 36e président des Etats-Unis. C'est la fin d'une époque.

Dans une confusion totale, la police de Dallas parvient à appréhender un homme qui s'était enfui du Texas Book Depository, de Dealy Plaza, pour se réfugier dans un cinéma après avoir abattu un policier.

L'homme, Lee Harwey Oswald, possesseur d'un fusil Mannlicher-Carcano 7.65 est reconnu coupable de l'assassinat et est aussitôt incarcéré.

La commission Warren

Dès le 29 novembre, Johnson mande une commission chargée d'établir les faits et de localiser les responsabilités de la mort du président. La commission, présidée par Earl Warren, est formée de sept personnes, plutôt hostiles à la politique de JFK. Après de nombreux mois d'enquête, deux ans après le drame, le verdict tombe dans un rapport de 888 pages censé mettre un terme à la confusion qui règne: Lee Harvey Oswald aurait tiré trois coups de feu en un peu plus de cinq secondes depuis le sixième étage du Depository.

En ce qui concerne le mobile, la commission Warren affirme qu'il s'agit d'un acte fanatique réalisé par un individu isolé. Aujourd'hui encore, ces conclusions publiées en septembre 1964 tiennent lieu de version officielle.

Cependant, les conclusions du rapport ne satisfont pas. De nombreuses failles persistent. Les quelques 800 pages visant à prouver la culpabilité d'Oswald sont directement contestées, et ce, aujourd'hui encore, 40 ans exactement après la mort de Kennedy.

Plusieurs éléments contestent la véracité des conclusions apportées par l'équipe Warren, éléments qui peuvent induire la thèse d'un complot. Tout d'abord, grâce au film amateur d'Abraham Zapruder, on peut voir avec certitude que la balle mortelle n'a pas été tirée de l'arrière, mais est bien partie de l'avant. Cela accrédite la thèse d'un second tireur, car selon la version officielle, toutes les balles auraient été tirées du Depository, et donc de l'arrière.

La commission Warren a tout fait pour dissimuler cette blessure crânienne, mais des photos de l'autopsie, dévoilées bien plus tard, prouvent avec certitude que le président a bel et bien reçu une balle par l'avant qui a emporté un morceau de sa boîte crânienne.

Il en va exactement de même avec la blessure à la gorge, dont l'impact a été camouflé par une trachéotomie. Certainement afin de ne pas remettre en question la théorie du tireur isolé.

Enfin, un autre détail paraîssait étrange: comment un fusil Mannlicher-Carcano nécessitant au minimum 2.3 secondes à recharger aurait il mis en quelques secondes seulement pour tirer trois coups? Afin de légitimer le fait que seul Oswald ait tiré, la commission Warren impose alors la théorie de la balle magique. Elle implique qu'une seule balle aurait touché le président, puis le gouverneur Connally.

 

Comme le schéma de l'analyse balistique le montre, il semble pratiquement impossible qu'un tel «coup de maître» ait pu se produire.

Il paraît clair que la commission Warren a voulu occulter certains détails de l'affaire. La question est maintenant de savoir pourquoi elle l'a fait. De là découlent des questions légitimes:

 

- Pourquoi a-t-on tué JFK?

- Qui en a profité?

- Et qui avait le pouvoir d'étouffer l'affaire?

 

Nous avons étudié plusieurs pistes afin de mieux comprendre l'assassinat de JFK.

 

I. Lee Harvey Oswald

Quelques heures après la mort de JFK, L.H. Oswald est mis sous les verrous par la police de Dallas. Pour des raisons de sécurité, on veut le transférer rapidement de la prison municipale à celle du comté. En bas d'un ascenseur, où une foule de journalistes l'attend, un homme, Jack Ruby, surgit et le tue à bout-portant. De précieuses informations seront ainsi perdues à jamais; en un sens cela joue en faveur de la commission, puisque la seule personne qui aurait pu faire état d'un complot est morte.

Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que dans les 3 ans qui ont suivi le crime, 18 témoins sont morts. Parmi eux, 13 sont morts d'accidents de suicides ou de meurtres.

La commission Warren a beau jeu de faire état d'un acte isolé d'un illuminé. Car si, (comme cela sera probablement un jour démontré) il y a effectivement eu au moins deux tireurs, il y a eu, suivant la définition juridique, conspiration.

 

II. Cuba

Les Cubains opposés au régime de Castro avaient eux aussi de fortes raisons d'en vouloir à Kennedy. En effet, le 20 avril 1961, JFK prévoit de renverser Castro via l'intervention armée de la Baie des cochons, mais l'opération encore préparée sous le mandat d'Eisenhower échoue pitoyablement, ce qui mécontente les Cubains anti-castristes résidant aux USA. Castro se sentant tout de même menacé, décide d'entretenir des liens avec l'URSS. Ainsi, en 1962, les Soviétiques installent des fusées nucléaires à Cuba, mettant ainsi le monde au bord du gouffre. Kennedy craignant alors une guerre thermo-nucléaire promet de ne pas envahir Cuba si Krouchtchev retire ses fusées: " je fais appel à M. Krouchtchev afin qu'il mette fin à cette menace clandestine, irresponsable et provocatrice à la paix du monde et au maintien de relations stables entre nos deux nations." La crise se résoudra par un démantelement des installations russes, mais Kennedy devra faire une promesse de non-aggression envers le régime cubain. Les opposants castristes ressentiront cela comme la pire des trahisons.

Il y a là des motifs pour faire assassiner le président, mais ont-ils le pouvoir d'organiser un immense complot? Nous pensons que ce n'est pas le cas.

 

III. La mafia américaine

On pourrait penser que la mafia est à l'origine de l'assassinat de Kennedy. Elle a en effet été indisposée plusieurs fois avant et durant le mandat de JFK.

1) Avant l'élection (extêmement serrée) de JFK à la présidence, le père de celui-ci, Joe Kennedy aurait passé un accord avec la mafia visant à aider son fils à gagner l'élection, mais le marché n'aurait pas été respecté par JFK.

2) Le 20 janvier 1961, Robert Kennedy, frère de John Fitzgerald, est nommé ministre de la justice. Il va lutter avec véhémence contre la mafia américaine (ce jusqu'en 1964, année de sa démission).

3) L'arrivée de Fidel Castro au pouvoir à Cuba avait fait perdre à la mafia ses casinos et maisons de passes à la Havane. Le débarquement de la Baie des Cochons, orchestré sous la présidence de JFK a redonné un espoir à la mafia, mais l'opération a échoué lamentablement.

Ces éléments expliquent l'hostilité de la mafia envers Kennedy, mais la thèse selon laquelle la mafia serait responsable de l'assassinat est peu probable. En effet, il y a certainement eu un immense complot: la mafia n'a, d'une part, pas l'influence nécessaire pour organiser un tel complot, d'autre part, elle avait certes quelque hostilité envers Kennedy, mais de là à le faire assassiner... Elle n'a pas de réel mobile, et elle n'aurait pas tiré profit de la mort du président. Pourquoi ne pas avoir abattu plus tôt Robert Kennedy?

Les pistes que nous venons de voir sont peu plausibles, mais il ne fallait tout de même pas les négliger. Passons maintenant à des pistes plus probantes...

 

IV. L'extrême-droite américaine

Les groupuscules d'extrême-droite ont toujours été parmi les plus fervents détracteurs de l'administration démocrate de Kennedy.

Lorsqu'en 1963, peu de temps avant sa mort, JFK prononce ces mots: "Nous prêchons la liberté dans le monde entier et nous chérissons la liberté dont nous jouissons, mais dirons-nous au monde que ce pays est celui des hommes libres à l'exception des Noirs ? " , les critiques de l'extrême droite se font d'autant plus violentes. Ces hommes d'influence, souvent hauts-placés, ne peuvent supporter le soutien du président pour la cause de Martin Luther King et ils le lui font clairement savoir.

Les extrémistes de droite lui font aussi grief d'accointances avec l'Union soviétique. Le fait que Kennedy tente de détendre la situation (notamment lors de la crise des fusées) leurs déplaît au plus haut point.

La dernière raison de leur haine envers la politique de Kennedy est sa gestion de la situation au Vietnam.

On l'accuse de ne rien faire pour y obtenir une victoire décisive, de ne pas y envoyer suffisamment d'hommes, bref de ne pas vouloir faire état de la force de frappe militaire des Etats- Unis (cf. : Cuba). On l'accuse aussi de négocier tacitement l'abandon du gouvernement de Saigon et la retraite progressive des forces américaines. (Cette thèse va elle- aussi être défendue par des pacifistes mais dans le but de glorifier le mythe Kennedy cf. " JFK " d'Oliver Stone.)

 

V. La CIA et le complexe militaro-industriel

On tiendrait justement là un mobile que certains attribuent au complexe militaro-industriel épaulé par la CIA. En 1975, 18 Américains sur 100 croient encore aux conclusions de la commission Warren, 51 estiment qu'il y a eu complot et 13 sont persuadés que la CIA y est pour quelque chose. Ce qu'il faut savoir, c'est que JFK n'a jamais réussi à contrôler complètement la CIA. On dit même qu'il se serait laissé influencer dans de nombreux cas.

Quelques années après la mort de Kennedy, Jim Garrison, procureur-général de la Nouvelle-Orléans, intente un procès à Clay Shaw, figure importante de la CIA. Il reproche à l'organisation d'avoir assassiné le président qui portait préjudice aux intérêts du complexe militaro-industriel américain dans la guerre du Vietnam. C'est précisément la thèse qui est défendue dans le film d'Oliver Stone.

Le fait que Kennedy aurait voulu mettre fin à la guerre du Vietnam, concédant ainsi une victoire facile aux communistes, aurait enrayé l'énorme machine financière des Etats-Unis, spoliant les pétroliers et fabricants d'armes. Lors de son discours d'adieu, Dwight Eisenhower avait clairement mis en garde l'administration Kennedy contre ce danger: "Dans les conseils du gouvernement, nous devons nous prémunir contre l'acquisition d'une influence injustifiée, qu'elle soit voulue ou non, par le complexe militaro-industriel. Le potentiel pour la montée désastreuse d'un pouvoir inopportun existe et persistera."

Il n'a pas pu être prouvé que Clay Shaw ainsi que son organisation ait effectivement fomenté un complot et le procès fut conclu par un non-lieu. Pourtant cette piste demeure encore des plus sérieuses.

 

Conclusion

Qui a tué Kennedy ? Nous ne le saurons peut-être jamais... Mais il y a des pistes qui paraissent plus probables que d'autres, notamment celles de l'extrême-droite et du complot militaro-industriel qui s'inscrivent dans le contexte de la guerre du Vietnam. Le fait est que quelques semaines avant sa mort, une part des Américains avait soupçonné Kennedy d'aspirer à se retirer de la guerre. Il est clair que cela déplut en priorité aux riches industriels et à l'extrême-droite.

La mort du Président leur aurait-elle été profitable ? - oui, car il serait immédiatement remplacé par le vice-président Johnson, un sudiste, qui serait plus à même de comprendre leurs doléances. De plus, la disparition d'un président en pleine phase de réélection sèmerait la confusion au sein de son parti, favorisant ainsi l'élection d'un candidat républicain.

A la question «avaient-ils les moyens d'éliminer JFK ?» la réponse est probablement encore oui, car ses réseaux sont constitués de gens influents gravitant autour des hautes sphères du pouvoir.

De plus, le fait que le crime ait été commis à Dallas, grande ville sudiste et traditionnellement opposée aux démocrates peut être un bon indicateur.

Pour ce qui est de la dissimulation des preuves, seule la CIA ou même le futur président Johnson en avaient les moyens. D'aucuns accusent Lyndon Johnson d'avoir lui-même organisé l'assassinat de Kennedy, mais ces accusations sont loin de convaincre tout le monde. Tout au plus a-t-il caché certains faits afin de tuer dans l'oeuf la piste d'une implication des soviétiques dans l'assassinat car elle aurait conduit à un regain de la tension diplomatique.

On peut se poser une dernière question: Kennedy incarne -t-il vraiment un rêve de paix brisé?

Il est vrai qu'on ne peut démentir l'ampleur du mythe Kennedy. Après son assassinat, le peuple américain, ému, ne retient que les bons côtés du mandat du président: son apparant dynamisme, la résolution pacifique de la crise de Cuba, le soutien de la cause noire ainsi que le combat pour les droits civiques égalitaires mené par Martin Luther King, les réformes sociales, la volonté d'envoyer un américain dans l'espace, et par dessus tout, son incroyable talent d'orateur. Que reprocher à un homme qui en parlant de l'ennemi communiste déclarait: "En définitive, notre lien le plus essentiel est que nous habitons tous cette petite planète. Nous respirons tous le même air. Nous chérissons tous le futur de nos enfants et nous sommes tous mortels. "

Tout cela à contribué à la formation d'un mythe qui contribuera à faire de Kennedy l'une des figures les plus emblématiques de l'histoire des USA.

Pourtant les historiens dressent, eux, un bilan en demi-teinte de son unique mandat: Kennedy a parfois révélé ses faiblesses et sa mauvaise connaissance de la situation politique (la crise de Berlin par exemple). Ses opposants lui reprochent d'avoir fait montre d'une trop grande molesse dans son traitement des affaires sensibles.

Kennedy aurait-il vraiment changé les choses? Aurait-il réussi à mettre un terme à la guerre du Vietnam et par là même à la guerre froide, faisant donc mieux que son successeur Johnson?

Une large part des Américains en sont aujourd'hui encore convaincus...

 

Bibliographie

Livres et formulaires de cours

KASPI André, Kennedy les mille jours d'un président, Paris, Armand Colin, 1994

SEMIDEI Manuela, Kennedy et la révolution cubaine, Paris, Archives Julliard, 1972

JAQUET Pierre, Histoire des Etats-Unis II : le XXe siècle, Gymnase de Nyon, 2002

JAQUET Pierre, Peut-on assassiner la paix ? &endash;John Kennedy, Gymnase de Nyon, 2003-11-23

Sites Internet

http://www.isuisse.com/MatuNyon

http://www.jfk-assassinat.com/

http://membres.lycos.fr/ngoueset/lacontroversejfk.htm

http://www.jfk-fr.com/fil_153-0.php

http://celebritymorgue.com


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